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ÉDITO 2016

Les enfants jouent et rient et trempent leurs pieds dans une petite piscine ronde sous un chaud soleil de juin. Promesses de joie. Les enfants se noient dans la Méditerranée et leur corps ne parviennent pas aux rivages. Il n’y a plus de promesse. Cette année, un grand nombre de films reçus par le festival racontent ce grand écart, tentent des topographies et se confrontent aux réalités parallèles que sont nos vies. C’est gai et triste et ce n’est ni gai ni triste, tout à la fois sans pour autant être mélangé. Les couleurs restent vives et les noirs toujours profonds. Et si la mélancolie s’insinue, soulevant le cœur d’une tristesse secrète, il n’empêche que souffle un vent roboratif, de ceux qui nettoient les oreilles, font voler les chapeaux et les perruques, à décorner les bœufs.
Pour cette 16e édition, le festival se tourne vers sa genèse et propose, en ouverture et en clôture, deux programmes rendant hommage à de grand nom du cinéma expérimental. Sous l’impulsion et avec la complicité de l’équipe du Videodrome 2, ce riche patrimoine est revisité sous l’angle de l’émotion, du plaisir ressenti et resté en mémoire.
Intitulée Tribute to Mekas, l’ouverture se déroulera le 6 juillet, à 21h.
Avec Lloyd Michael Williams, Jonas Mekas est l’un des derniers fondateurs vivants de la Film-Makers’ Cooperative, premier organisme de diffusion non capitaliste de cinéma indépendant et expérimental, créé en 1962. Véritable modèle à la fois économique, social et artistique, de nombreuses autres coopératives s’établiront dans son sillage. En France, le Collectif jeune Cinéma, Cinédoc Paris Films Coop et Light Cone ouvriront entre 1971 et 1982. À ces trois structures toujours en activité, s’ajoutent aujourd’hui de nombreuses associations de création, de formation et de diffusion, du laboratoire indépendant au festival. C’est un hommage heureux, parce que les films de Jonas Mekas sont heureux.
En clôture et sous le titre Encore, En corps, seront conviés Germaine Dulac, Kenneth Anger, Maya Deren, Pat O’Neill, Willard Maas, Stan Brakhage et Shirley Clarke. Elle se déroulera le 10 juillet, à 21h.
Germaine Dulac fonde, en 1927, le journal Schémas dont un seul numéro paraîtra. Elle y mène une révolution identique à celle entreprise dans le champ pictural, ne plus se plier à la narration. « Lignes, surfaces, volumes évoluant directement, sans artifice d’évocation, dans la logique de leurs formes, dépouillées de tout sens trop humain pour mieux s’élever vers l’abstraction et donner plus d’espace aux sensations et aux rêves : LE CINÉMA INTÉGRAL. » Au-delà des différents courants esthétiques qui suivront, l’affirmation d’un langage propre à l’image bouscule les normes cinématographiques habituelles. Une liberté dans laquelle s’engouffrent les visions chatoyantes et oniriques d’un Kenneth Anger, la précision des montages de Maya Deren, les formes troublantes et luxuriantes de Pat O’Neill, l’élégance et l’humour de Willard Mass, la remarquable vitalité de Stan Brakhage et l’attachement que Shirley Clarke portait à la gestuelle des bêtes comme des hommes.
Sur les huit programmes de sélection, sept d’entre eux seront diffusés deux fois sur les 5 jours que compte le festival, du 6 au 10 juillet.
Pas de compétition, pas de prix.
Les programmes de sélection sont au nombre de huit. 93 films y sont répartis, du court au moyen métrage. D’une année sur l’autre, les intitulés des programmes ne changent pas : Temps, Espace, Mouvement, Perception, Sens, Identité, Long, Animé. Les premiers de ces mots sont des substantifs. Le dernier ne l’est pas. Mais tous ont le même rôle, placer les films dans une perspective critique et rendre compte du travail de sélection. Ces titres servent de bornes et de fils conducteurs. Ils transmettent une façon de regarder, à l’instant donné du festival. Ils articulent les films afin que ceux-ci gardent toute leur indépendance de rythmes et de traitements lors du déroulement des programmes. Ils sont utiles pour mettre en avant de larges ensembles de traitements formels.
Aux appellations Temps, Espace, Mouvement et Perception correspondent durée de plan, cadrage, rythme du montage et phénomène rétinien. Le programme Sens introduit le verbe avec une dimension poétique ou critique qu’elle soit esthétique ou encore politique. Identité se tourne vers les arts plastiques, le dispositif et le corps y prédominent. Le programme Long est littéral, s’y placent les moyens et longs métrages. Enfin, créé cette année, le programme Animé regroupe des films accessibles au jeune public. Le mot "animé" se réfère autant à la technique de l’animation qu’à l’idée de vie, de profusion et de saturation. Il ne s’agit pas de films pour enfant, d’autant que ces films peuvent aisément s’insérer dans les autres programmes, mais ils leurs sont accessibles, sans restriction.
HB